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 Désintoxication du langage

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tubal-caïn



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MessageSujet: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:33

Bonjour,
Je vous propose de commencer par nous ouvrir les yeux sur la "novlangue" et de désintoxiquer nos esprits des mots que le pouvoir politico-économico-médiatique utilise à longueur de temps pour nous modifier la façon de penser une réalité sociale. Nous pensons avec des mots, nous n'utilisons pas les pensées pour former des mots mais utilisons des mots pour concrétiser notre pensée. Modifier les mots, c'est modifier la pensée. La "guerre" est d'abord celle du langage et des "think-tank" bossent à plein temps pour nous pondre des concepts opérationnels vides de sens, des figures de styles pour nous mélanger les arpions. A titre d'exemple, dans les années 70 quand une entreprise fermait ses portes et licenciait son personnel, ça s'appelait un "licenciement collectif". Petit à petit c'est devenu un "plan social" puis aujourd'hui un "plan de sauvegarde de l'emploi". Pourtant les obligations des uns et des autres protagonistes de cette affaire n'ont quasiment pas changés.
Ne riez pas, c'est très sérieux et efficace.
pour les patients qui veulent s'instruire, je leur conseille la lecture d'un bouquin de Luc Boltanski, le nouvel esprit du capitalisme.
Ensuite, passons un peu en revue les mots qui envahissent notre quotidien le plus souvent professionnel. Dans la vie courante vous dites à un ami "viens boire l'apéro à la maison" et pas "je te propose de participer à une séance de lien social dans l'enceinte de mon domicile".
Les différentes catégories de la langue de bois : euphémismes, oxymores, sigles, anglicismes, etc...et la façon dont ils modifient notre perception de la réalité, et notre façon d’agir.

Les faux amis : Que se passe-t-il dans nos têtes quand on appelle un chef du personnel un « directeur des ressources humaines (effacement et dissimulation des hiérarchies...ou quand on nous parle de "réforme" ? (qui annonce donc une stagnation voire un recul, c’est à dire le contraire d’une réforme). Que se passe-t-il dans nos têtes quand "développement" remplace "capitalisme"? Vous êtes contre le développement vous?
Les enjoliveurs : Que se passe-t-il dans nos têtes quand on appelle un balayeur un « technicien de surface », ou une caissière une « hôtesse de caisse pour ne pas parler des ambassadeurs du tri !!! »
Les technicisateurs : Quand on appelle un clochard un « Sans domicile fixe », puis un simple « SDF » (une désignation technique remplace une désignation sociale et nous empêche de penser politiquement le problème)
Les anglicismes : Quand on appelle un contremaître un « coach » ou quand "espionnage industriel" devient du "benchmarking", c'est plus "hype"?
Les antiphrases : Quand on appelle un licenciement collectif un « plan de sauvegarde de l’emploi »
Les oxymores : Quand on appelle l’inégalité « l’égalité des chances (soit c’est l’égalité, soit c’est les chances...il faut choisir, l’égalité des chances est la définition même de l’inégalité !!! ou encore Quand on appelle la fragilisation « la flexisécurité »
Les euphémismes : Quand on appelle les pays pauvres les suds ou les expulsions des procédures d’éloignement ou encore des massacres de civils un dégât colatéral »
Les sigles : Quand on appelle une tentative de suicide une T.S. ou qu’on travaille dans le CUCS pour l’ANRU en contrat CAE »
Les métonymies : Quand on fait passer un aspect d’une personne pour la totalité de cette personne : un RMIste, un Alzheimer...
Les pléonasmes : Et d’abord le plus crétin d’entre tous : quand on appelle la soumission du lien social (que serait du lien qui ne serait pas social ? on se demande...ou le plus mensonger : la démocratie participative qui est en réalité une forme d’aveu, ou en tout cas un mensonge »
Les faux ennemis : Quand on appelle les "cotisations patronales" qui sont en réalité nos amies car elles financent nombre de nos dispositifs de protection sociale de la population, pour des "charges sociales" qui, n'ayant pas encore assez de poids, "pèsent" sur les entreprises.
Les hyperboles : Quand on appelle un retard à la sncf ou une grève une "prise d’otage"

D’où viennent ces mots? Ils ne tombent pas du ciel mais sont élaborés dans des officines ultra libérales que l’on appelle des think tanks dont la fonction est de faire passer dans les opinions publiques le projet totalitaire marchand né aux USA après guerre, de suppression de la totalité des services publics et la marchandisation/privatisation de toutes les fonctions sociales. Le think tank le plus connu et le plus dangereux pour l’Europe est l’OCDE, dont une radio de service public comme France Inter s’obstine chaque matin à nous dire : "selon les experts de l’OCDE....." Contrairement à l’université ou au CNRS, L’OCDE n’est pas constituée d’experts, mais d’économistes ultra libéraux. Si on trouve que ça fait un peu trop théorie du complot, on peut lire l’excellent livre de Keith Dixon : les évangélistes du marché.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:36

ACTEUR(S)

Au sein de nombreuses entreprises et administrations comme à l’Education Nationale, chacun est invité à être l'«acteur de son propre changement », ‑ portant sur ses épaules le poids d’une responsabilité étrange et difficile à assumer. Telle association d’animation propose à ses adhérents, à travers la fréquentation des activités de loisirs, de « devenir acteur de leur propre vie »…! Etrange pléonasme

Avec le triomphe de l’individualisme, et l’aide de quelques sociologues (comme Michel Crozier), la théorie du « jeu de l’acteur » propose de s’émanciper des déterminismes (de classe, de groupe, de travail, de famille, de communauté…) et de prendre conscience de sa propre marge de manœuvre. Cette proposition admirable qui en appelle au libre arbitre de chacun, n’a qu’un petit défaut : renvoyer le balancier un peu trop fort dans l’autre sens, à une période où la domination, pour se rendre discrète, aimerait que l’on en finisse avec la mobilisation collective, les luttes, les idées, les batailles politiques que l’on ne mène jamais seul.

A la différence d’un « agent », un « acteur » interprète et ne se contente pas d’obéir et d’appliquer. C’est pour cela qu’on parle d’un agent de police et d’un acteur de théâtre. Personne ne voudrait voir la police interpréter librement la loi, et on attend d’un policier qu’il ne se comporte surtout pas en acteur, mais bien en agent…Peut-on en dire autant des travailleurs militants de la jeunesse, de la culture, de l’éducation, du social ? Ne serait-on pas en droit d’attendre d’eux qu’ils se comportent en interprètes des politiques aberrantes dont ils sont aussi des agents ?

Pour désigner les agents, dans le discours des politiques publiques, il n’est question que des « acteurs ». (Un Comité local de prévention de la délinquance veut réunir les « acteurs » locaux de la jeunesse, un plan local d’insertion, les « acteurs » de l’insertion, et un contrat éducatif local les « acteurs » de l’éducation.). En réalité, il n’y a que des agents. Il n’y a pas l’ombre d’un comportement d’acteur de leur part, et le premier « agent d’insertion » qui se prendrait pour un acteur et qui s’essaierait à discuter du bien fondé ou des contradictions des dispositifs d’insertion se verrait vertement rappelé à l’ordre ! C’est ainsi que les animateurs n’ont rien le droit de dire sur les politiques d’insertion, ou que les parents n’ont rien le droit de dire sur l’enseignement.

Appeler les gens des « acteurs », c’est leur faire croire qu’ils ont une liberté quand ils n’en ont aucune. C’est les culpabiliser encore un peu plus. (Que les choses aillent si mal, c’est de leur faute puisque ce sont les acteurs.) C’est faire en sorte que les gens se sentent individuellement responsables de la situation et qu’ils ne se posent plus jamais de questions politiques.

Quand il n’y aura plus de groupes, il n’y aura plus que des acteurs responsables de leur propre situation, à qui iront-ils se plaindre ? A leur image, réfléchie à l’infini dans le miroir de leur loge d’acteur.

Traduction :
"Les acteurs de l’Education dans la Ville sont invités à se réunir pour définir ensemble le projet éducatif du territoire."

"Les parents otages, les élèves victimes, les enseignants dépressifs et les animateurs complices sont priés de faire semblant de désirer officiellement leur propre domination, sachant qu’on ne peut rien faire d’autre et que de toutes façons ce sera comme ça et pas autrement !"
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:41

ACTIVATION. Concerne des droits individuels, est une somme de conditions à remplir pour pouvoir bénéficier du droit ainsi "activé".
On ne le répétera jamais assez, l'assurance chômage, comme son nom l'indique est une assurance, c'est à dire un droit automatique, voté par un parlement, et ne nécessitant aucune contrepartie en terme de recherche d'emploi. (lequel emploi est inexistant car massivement délocalisé en Ukraine ou au Bangladesh). Pour le dire simplement, je touche mon allocation chômage parce que c’est un droit et si je décide de en pas chercher d'emploi, cela ne regarde personne. Cette conception française du "wellfare state" (bien-être) a été moquée par les anglo-saxons qui lui opposent le "workfare" : si tu veux avoir le droit de vivre, accepte n'importe quoi pourvu que tu ne restes pas oisif. D'où une palanquée de "contrats" tous plus ubuesques les uns que les autres, qui sont "proposés" aux "demandeur d'emploi" lesquels sont aujourd'hui rebaptisés "prospecteurs d'emploi". (SIC). La conception américaine s'est imposée, je te donne ton "droit" moyennant un engagement par lequel je peux suspendre ton droit à ma guise. Or si il y a une contrepartie il ne s'agit plus d'un droit. Un droit est sans contrepartie. La seule contrepartie au droit au chômage est le chômage. Mais le contrat n'a pas suffi. (Et pour cause, d'emploi il n'y en a pas) ! Il va falloir des mesure coercitive qui passent outre la logique de contrat. On a vu dernièrement apparaître cette perle : l'activation des chômeurs. "Activer" un inactif, c'est se donner le droit de lui retirer son droit. Le mot "activation" a deux sens ordinairement, dont l'un s'emploie en physique: augmentation de la réactivité d'un corps. Une nouvelle occurrence s'applique désormais aux corps humains (à distinguer des sujets que sont aussi les humains), méthode dont les effets seront un jour analysés. synonymes : contrainte, niveau de contrainte élevé, coercition.
Exemple extrait des COMPTES RENDUS DE LA MISSION COMMUNE D'INFORMATION RELATIVE A POLE EMPLOI, commission de Sénat, mardi 31 mai 2011. :
- M. Jean-Paul Alduy, rapporteur. - Le système britannique oblige-t-il les demandeurs d'emplois à accepter une offre d'emploi ?
- Mme Véronique Hespel. - Le point fort de ce système est l'activation. L'incitation à rechercher un emploi est plus forte au Royaume-Uni qu'en France car le lien entre indemnisation et recherche d'emploi est plus fort et contrôlé tous les quinze jours.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:44

AUTONOMIE
Piège sémantique désormais évident depuis le matraquage de cette notion sur l'institution scolaire, territoriale, sanitaire et sociale. L'autonomie est la conditions préalable de la privatisation. L'école, l'université "autonomes", sont des écoles et des universités ne bénéficiant plus d'aucune protection étatique. Une école rendue "autonome" par l'habituation au surréaliste "projet d'école" à établir à chaque nouvelle rentrée, est une antichambre de l'école de marché qui arrive à grands pas. Depuis la création de son groupe de travail Education, en 1989, la Table Ronde des Industriels (ERT) n’ a cessé d’ « encourager des modes de formation moins institutionnels, plus informels ». Le lobby patronal européen a été parfaitement entendu. Les systèmes d’ enseignement de tous les pays européens et à tous les niveaux suivent grosso modo la même évolution, vers une plus grande autonomie et davantage de compétition entre établissements scolaires. Un rapport de la cellule européenne Eurydice souligne le caractère international de ce mouvement de « libération » du tissu scolaire : « Les réformes apportées à l’administration générale du système scolaire se résument principalement à un mouvement progressif de décentralisation et de délégation des pouvoirs vers la société. Pratiquement tous les pays concernés ont introduit de nouvelles réglementations qui déplacent le pouvoir de décision de l’État central vers les autorités régionales, locales ou municipales et de celles-ci vers les établissements d’enseignement. ». Dans le cas de l'individu on voit bien ce qu'est un travailleur "autonome". C'est un travailleur sans métier , sans collectif, sans syndicat. Il est d'ailleurs préparé par l'élève autonome ! Respecter le rythmes de "travail autonome" de l’élève ? Cela signifie : certains élèves travaillent plus vite, mieux et plus, certains élèves travaillent plus lentement, plus mal et moins. En fait, cette notion de « rythme autonome » est tout à fait idéologique. En réalité, le rythme est modelé socialement et loin d’être autonome. Cette idée apparemment généreuse de l’élèves constructeur de soi-même, fait abstraction de toutes les déterminations sociales, biologiques, culturels et biographiques des élèves. L’instituteur quant à lui est supposé faire travailler tout le monde et ne pas abandonner les plus faibles au rythme de travail « autonome ».
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:46

Compétence(s)
Management / jugements psychologiques de la personne remplaçant "métier" et "qualification". Permet de détruire la mobilisation collective au profit de l'individualisation des carrières. Directement importées des techniques du management libéral, les « compétences » ont avantageusement remplacé « la qualification » et « le métier » dans le langage des formateurs et des employeurs, (notamment associatifs). Le patronat veut se débarrasser des « métiers » qui permettent de résister collectivement et de s’organiser syndicalement. Comme il faudra désormais en changer cinq à six fois dans une vie, ce sont les « compétences » à s’adapter, à se rendre « employable » qui serviront désormais à évaluer les travailleurs (pardon – les collaborateurs »). Finissons en avec le « savoir faire » et célébrons l’ère nouvelle du « savoir-être ». Savoir être docile, souple, interchangeable, malléable, motivé, imaginatif, créatif, convivial, communiquant…et plaisant à son employeur (pardon – à son collaborateur). C’est la personne, son être intime, sa vie privée, sa culture, son comportement, qui doivent être enrôlés dans la productivité du service…au nom de la qualité, ou du militantisme et de la noblesse des missions (culture pour tous, sport pour tous, loisirs pour tous…) et pour garder les subventions, c'est-à-dire la part de marché public.

On peut ainsi, à l’école et dans l’entreprise découper le comportement du travailleur en sous-compétences , telles que « manifester l’envie d’apprendre », « accepter des activités contraignantes », « savoir être autonome « , « faire preuve d’initiatives », « gérer son temps » ou « respecter les règles de vie au sein de l’association »[1] autant de critères qui relèvent de l’expérience personnelle et non d’une rationalisation des tâches. On y trouvera curieusement aucune compétence telle que « tenir tête à un maire », "contester son patron", "questionner le bien-fondé d'une décision" ou « résister à une dérive marchande de l’association » !

Pourtant, le travail n’est pas simple affaire de compétences. Il s’y tisse aussi un univers de coopération et de conflits qui dessinent une identité collective et professionnelle. Avec l’évaluation de ses compétences, l’animateur sosioculturel sent peser sur lui la pression à être conforme, pour le bien politique et financier de l’association. Comment des associations progressistes forgées dans une histoire des luttes sociales on pu en arriver à relayer en toute naïveté et bonne conscience ce discours réactionnaire n’est pas un mystère : c’est la grande victoire du capitalisme qui est d’abord – on ne le dira jamais assez – une victoire sur les mots, n’en déplaisent à ceux qui croient encore que les mots ne sont que des mots, et pas une manière d’agir !

Exercice de traduction :
Le portefeuille de compétences des nouveaux emplois-jeunes médiateurs de quartier, seront régulièrement évaluées par leurs tuteurs avec les partenaires de l’action.

« La souplesse, la soumission et la collaboration active et ardente des jeunes payés pour calmer la rébellion de leurs copains, leur capacité à intégrer le discours des institutions fera l’objet d’un contrôle par les bailleurs de fonds »

1] On peut lire Jean Pierre Le Goff. La barbarie douce. Paris. La découverte. 1999
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:48

CULTURE

Pourquoi ce mot connaît il depuis trente ans un succès tel que même le sport éprouve le besoin de justifier qu’il est aussi une pratique « culturelle » ?

Grâce à l’école, le capitalisme déguise son exploitation en faisant croire que chacun est responsable de sa place dans l’échelle sociale, et des efforts qu’il a mis à se cultiver. Si l’on est OS à la chaîne, c’est par paresse intellectuelle, nous avions les mêmes chances au départ ! Grâce à l’école, la culture est une machine à classer les gens en les faisant se sentir coupables.

Depuis trente ans, la référence au « culturel » sert à effacer, détruire, et remplacer la référence au « politique ». Par exemple, si l’excision est condamnable d’un point de vue politique (qui consiste à préférer des valeurs telles que l’égalité de l’homme et de la femme), on nous apprend qu’elle est éminemment respectable en tant que « pratique culturelle ». On n’a rien à dire de la « culture » des autres, parce que la culture est sacrée. C’est d’ailleurs à cela que sert cette nouvelle religion : que l’on ne puisse plus rien dire ! Avec la culture, tout se vaut

Pire encore : en ramenant discrètement la question de la culture à celle de l’artiste, les socialistes au pouvoir des 1981 consacrent la figure managériale du travailleur nouveau : créateur, producteur indépendant, autonome, ludique, inventif, non-revendicatif, férocement individualiste… A la place du militant politique, collectif, poussif et besogneux des années 70, le pouvoir encourage l’artiste, non pas celui qui voudrait délivrer un message (quelle horreur), mais celui qui exprime un narcissisme chahuteur, adolescent, provocateur et rigolo, celui qui exprime le vide, le rien, la dérision de toutes les idées et de toutes les utopies, la moquerie du politique et des valeurs. On encourage l’imaginaire à condition qu’il ne mène vers aucune vision politique. On ne doit plus croire en rien car c’est ringard. On doit jouir de la crise et de la mondialisation qui est une chance pour l’homme, enfin seul, débarrassé des pesants collectifs. Il n’y a plus d’emploi dans les banlieues, mais il y a l’art et la création. Que les enfants des immigrés dansent du hip-hop, cela convient au pouvoir : pendant qu’ils deviendront des « créateurs », ils ne feront pas de syndicalisme.

Comme le disait Malraux en 1961 en inaugurant la première Maison de la Culture à Bourges : « Nous allons enfin savoir ce qui peut être autre que le politique dans l’ordre de l’esprit humain »….Eh bien voilà qui est fait ! En 1968, Francis Janson, quant à lui, proposait d’appeler Culture ce qui permet de se choisir politiquement…mais il est vrai que c’était en 1968 !
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:50

CITOYENNETÉ
Habilement confondue avec la "civilité", la « Citoyenneté » détient le triste record du concept le plus galvaudé, récupéré, mis à toutes les sauces, pour justifier la soumission à la domination. On a aujourd’hui des entreprises « citoyennes » parce qu’elles consentent magnanimement et contre exonération de cotisations sociales, à exploiter un CES et deux RMA de plus ! On entend ainsi couramment proférée cette définition étrangement judiciaire, (voire policière) : « le citoyen est celui qui a des droits et des devoirs » - (on comprend surtout qu’il a des « devoirs ») - et l’on repense à cette phrase du philosophe Jankélévitch : « Je serai toujours le gardien de tes droits, jamais le flic de tes devoirs ». Quant à ses droits, il ne manquerait plus qu’il en revendique l’usage ! La citoyenneté est fort habilement confondue aujourd’hui avec la civilité, (voire le civisme). Serait alors citoyen celui qui se tiendrait bien. Celui qui ferait du sport ou de la musique au lieu de brûler des voitures, bref, celui qui accepterait sans broncher – et autant dire « sportivement » - sa condition de sans-avenir, de sans-emploi, de sans-espoir, de sans-argent…sa condition d’exploité, de dominé, d’aliéné, sans faire d’histoires, sans se rebeller. Quelqu’un qui jouerait le jeu, qui serait beau joueur et bon perdant. C’est ainsi par exemple que l’éducation Nationale publie des « chartes de la citoyenneté à l’école » qu ne sont que des listes interminables d’interdits et de sanctions, des règlements intérieurs raffinés sans autre contrepartie que l’arbitraire des enseignants et le droit de se taire.

Rectifions les choses : « Est citoyen celui dont la volonté produit du droit » ! Qu’on lise et relise cette définition à haute voix jusqu’à la comprendre. Une société de droit ne progresse que par extension du droit, par la conquête, toujours, de nouveaux droits (pour les femmes, pour les pauvres, pour les jeunes, pour les étrangers, pour les faibles…) vers toujours plus d’égalité. Or « le droit n’advient pas par le moyen du droit ». Aucun patronat n’a jamais de sa propre initiative, accordé de nouveaux congés payés. Tout nouveau droit a toujours été arraché par la force, par le combat, souvent par l’illégalité (avortement). Il est alors facile de comprendre que le citoyen n’est pas celui qui joue au hand-ball ou qui accepte de faire du rap à la MJC. Celui-ci est sur la voie de la civilité (respect de l’ordre et de la paix sociale) mais pas encore sur la voie de la citoyenneté, concept politique. On ne connaît toujours qu’une seule voie d’accès à la citoyenneté : la participation au conflit social. Amener un jeune à devenir citoyen, c'est-à-dire sujet politique, c’est l’amener à participer au conflit social, à en comprendre le sens, à y prendre position. L’amener à taire sa révolte, c’est le contraire d’un chemin vers la citoyenneté. Les associations d’animation socioculturelle devraient y réfléchir à deux fois.

Exercice de traduction :
Dans le cadre de la politique de la ville, le ministère de la culture encourage la création citoyenne des jeunes.

Dans le cadre du contrôle social, l’administration des beaux-arts finance les petits rebelles qui acceptent de manifester leur intégration à l’ordre établi par le ralliement aux simagrées esthétiques de la société libérale.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:54

COHÉSION SOCIALE
La cohésion sociale est un concept généralement employé par les responsables de la droite modérée souhaitant donner un volet social à leur action politique sans souscrire à l'idée de gauche de lutte contre les inégalités. Traditionnellement, l'approche qualifiée "de droite" en France considère les inégalités comme naturelles. C'est pourquoi il est vain, selon cette approche, de vouloir lutter contre elles. La pensée "de gauche" considère que les inégalités sont le fruit de la société et fait de la lutte contre les inégalités l'un des fondements de son action tandis que la droite cherche à donner suffisamment de liberté à l'individu pour qu'il puisse se réaliser et, accessoirement, maintenir la cohésion de la Nation en évitant que les inégalités devienne trop criantes.
Comme tout irait bien si les pauvres, en plus d’être exploités, refusés à l’emploi, discriminés au logement, humiliés à l’école, etc…se tenaient sages et acceptaient humblement leur condition sans faire de vagues ! Ah la belle cohésion sociale que l’on aurait là : les riches au bord de leur piscine, les pauvres dans leur cage d’escalier, et tout le monde respectant ce bel agencement naturel !
Ce concept qui sert à identifier les « frontières » de la collectivité, soit les inclus, les marginaux et les exclus, repose toujours sur le partage de valeurs communes, d’un certain art du « vivre ensemble » Les « enthousiastes » de la cohésion sociale, y voient moyen utile de masquer les effets de la violence économique par un appel au respect de valeurs partagées. On ne brûle pas une voiture (c’est contre la cohésion sociale) mais on peut licencier 7.000 pères de famille dans la même ville (Michelin) ou rafler la distribution de l’eau dans un pays d’Afrique et faire crever quelques milliers de pauvres supplémentaires en multipliant le prix de ce précieux liquide (Vivendi), cela ne nuit nullement à la cohésion sociale. Les multinationales européennes qui ont fait une razzia sur les entreprises des pays de l’est en propulsant le chômage à 40%, sont attentives, par la voix du conseil de l’Europe, à ce que ces gouvernements veillent à leur cohésion sociale avant d’intégrer le paradis capitaliste européen .

L’Etat qui laisse les directions d’entreprises détruire délibérément des millions d’emplois en pleurnichant sur l’aide la concurrence, semonce les travailleurs sociaux afin qu’ils suscitent (par quel miracle ?) au sein du peuple :
- Un sentiment d’appartenance à une même communauté, de partager les valeurs d'un même collectif;
- un sentiment de participation qui n’est en fait qu’une information sur les décisions déjà prises
- un sentiment de tolérance envers les autres pauvres et qui prêche l'acceptation du multiculturalisme;
- un sentiment de respect des institutions publiques et privées supposées agir comme médiateurs des conflits.

Quand les pauvres ne marchent pas, l'absence de réalité ou de consensus sur une ou plusieurs de ces dimensions explique les états d'incohésion sociale d'une société ou d'une communauté.

Exercice de traduction :
Soucieux de mixité sociale, les acteurs de la politique de la Ville veilleront à favoriser la cohésion sociale dans les opérations de renouvellement urbain.

Afin de disperser les pauvres sans qu’ils ne se défendent, les agents du contrôle social veilleront au maintien de l’ordre pendant les opérations juteuses de démolitions et les reconstructions.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:57

CONTRAT
Contrairement à tradition révolutionnaire française pour laquelle l'individu est titulaire de DROITS inaliénables, dès sa naissance ou conquis par la lutte, dans la philosophie libérale anglo-saxonne les relations sociales sont supposées régies par une sorte de « contrat » volontaire dans lequel l'homme accepte une certaine aliénation en échange d'une certaine sécurité. La différence n'est pas mince. Ce pseudo « contrat » est une façon de faire accepter par la victime sa domination, son oppression ou son aliénation, en faisant croire à son adhésion libre et volontaire à cette agression. Ce « contrat » sert à éteindre sa révolte.

N'importe quel éducateur a usé jusqu’à la corde le vieux gag qui consiste à « passer un contrat avec les jeunes »… et le « contrat d'établissement » que l'école fait signer aujourd’hui aux élèves sous prétexte de citoyenneté n'est qu'une liste d'interdictions, un marché de dupes !
Comme le déclarait tel maire lors d'un colloque sur la banlieue : « j'ai passé un deal avec les jeunes…une promesse de pistes de skateboard contre une baisse sensible des incivilités pendant un an. ».
L'expression : « acheter de la paix sociale » prend ici tout son sens ! Il y a encore beaucoup de travail pour expliquer aux élus qu'ils ne sont pas là pour "dealer", mais pour donner à la souffrance sociale des jeunes une traduction politique dans l'espace public.

En droit français, un contrat suppose la liberté des contractants et une égalité de position. Il n'y a pas de « contrat » entre le Pôle Emploi et un chômeur qui est obligé de signer le PARE pour avoir le droit de manger.
L'indemnisation de perte d'emploi n'est pas le fruit d'un « contrat » mais d’un DROIT, toujours à préserver et à défendre. En prenant Pôle Emploi au mot, la justice de Marseille qui rétablit les chômeurs dans leur DROIT rappelle que le contrat, en France, reste un dispositif juridique contraignant, même quand on veut l'utiliser comme une entourloupe idéologique à l'américaine. Aucun chômeur sain d'esprit ne signerait de sa propre volonté un engagement à une « recherche positive d'emploi, » telles que le PARE l’y oblige actuellement. Ce « contrat » honteux fait peser sur le chômeur la responsabilité de sa situation et fait oublier que si le chômeur en est là, c'est qu'un patron l’a licencié contre son gré.

« Contrat Emploi Solidarité », contrat d’emploi « consolidé », combien d’entorses au droit du travail nous réserve-t-on encore pour nous exploiter à moindre coût ? Grâce aux « contrats » il n'y a plus de patrons ni d'employés, d’exploiteurs ni d’exploités, de mairies donneuses d'ordre et d'associations exécutantes, il n'y a plus que des « partenaires »... La vie est belle !
Quand le recours au contrat brise le contrat social, le « plaider coupable » n’est pas loin. Dans cette autre histoire, Droit et Justice n’ont pas dit non plus leur dernier mot.


Exercice de traduction :
Les élèves et les enseignants ont été invités à signer le contrat de citoyenneté du lycée.

Les élèves n’ont pas eu d’autre choix que de se soumettre au nouveau règlement disciplinaire.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 11:59

CREATION (Créateurs) .
La création, c'est une action qui fait advenir l'être à partir du néant. Créer, ce n'est pas faire avec ce qui existe déjà, mais faire exister quelque chose qui n'existait pas avant. Il convient donc de distinguer la création de la production, car dans la production, on produit quelque chose à partir de quelque chose d'autre qui existait ... Extirpé du vocabulaire religieux et transposé dans le vocabulaire institutionnel, ce terme, (central dans la langue de bois culturelle) véhicule un triple critère idéologique essentiel au capitalisme : celui du dynamisme et de l'innovation, et celui de la souveraineté absolue et non critiquable du patron...pardon de l'investisseur...pardon...de l'entrepreneur....enfin du créateur (de valeur).
Dans sa stratégie de communication MANPOWER n'est plus une agence de travail intérimaire. Maintenant, on peut lire : "MANPOWER...Créateur de solutions d'emploi". La survalorisation du sale boulot enrobée sous la magie de la création.
Dans le champs artistique, le ministère paie des sommes conséquentes des "créations" dont il n'a plus que faire qu'elles tournent ensuite, qu'elles soient diffusées ou qu'elles soient vues. L'essentiel est qu'il y ait eu une création. La création se suffit à elle-même. On nage dans l'idéologie. Et cela marche. Il est légitime de critiquer une production, voire une réalisation, d'interroger son bien fondé ou sa réussite en tant que production, mais osez critiquer une "création" ! Essayez donc pour voir. Vous nous raconterez. La création est religieuse. Silence, on crée.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:06

DÉCENTRALISATION.
Dans le cadre du processus de privatisation généralisée des services publics européens tel que promu par l'Union Européenne et l'OCDE, la "décentralisation" est une pièce maîtresse de ce processus, au point d'en devenir presque un synonyme. La décentralisation est avant tout la mise en concurrence généralisée des territoires sur le modèle de l'entreprise, et c'est surtout la destruction des cadres de régulation du capitalisme, qui restent des cadres nationaux. Qu'on ne s'y trompe pas, le capitalisme est internationaliste, et c'est d'abord lui lui a intérêt à la dislocation des soit disant "États-nations". Le méchant État centralisé, ce sont aussi les conventions collectives, les syndicats nationaux, etc...La décentralisation est une impressionnante régression démocratique. Elle a abouti très rapidement à la liquidation de toute forme de contre-pouvoir, et à l'instrumentation des associations dans des logiques de communication et de valorisation des élus locaux, de dépolitisation avancée de la population, et de transfert discret de pans entiers des services publics à des formes de gestions où le caractère associatif n'est lpus qu'une franche plaisanterie. le fruit étant mûr pour être cueilli par le marché privé.Il faut être niais comme un social démocrate pour croire à cet oxymore : "la démocratie locale". La démocratie ne peut JAMAIS être ni locale ni sectorielle. Pendant qu'on s’occupe des ralentisseurs et des crottes de chien, on ne s'occupe pas de la privatisation de l’Éducation nationale qui arrive à grand pas, et qui sera d'abord...régionalisée !!! Confier la compétence éducative aux régions, quelle noble tâche n'est il pas ? Lire l'article de Roger Lepeix / décentralisation et libre pensée. ou encore l'article de Nico HIRT "décentralisation/marchandisation"

La Libre-Pensée sur France-Culture, émission du 12 Janvier 2003
La Régionalisation
Amis auditeurs, amis de la Libre Pensée, bonjour. Au micro ce matin Roger Lepeix, du Bureau Exécutif de la Libre Pensée. Mon propos aujourd'hui concernera la régionalisation. Nous allons en particulier examiner le projet de loi constitutionnel sur l'Organisation décentralisée de la République, projet qui est actuellement en discussion au sommet de l'État. Conformément aux traditions de la Libre Pensée, il ne s'agira pas ici de délivrer un message tout fait, mais plutôt de soulever quelques questions, de signaler certains faits ou certaines coïncidences, et de proposer des éléments d'analyse. Nous espérons ainsi aider chacun à s'y retrouver, dans un dossier très important que beaucoup compliquent à plaisir.

Je ferai d'abord trois remarques :
La première, c'est que ce que l'on veut nous vendre aujourd'hui sous le nom de décentralisation, c'est bien en fait la régionalisation. Comme le Premier Ministre vient de le rappeler, il s'agit bien de transférer à d'autres, aux Régions en premier lieu, mais pas seulement, des prérogatives qui relèvent actuellement de l'État. Ce n'est pas l'État qui se décentralise, c'est-à-dire qui envoie ses services dans les départements, mais c'est l'État qui se disloque, c'est la République, ou ce qu'il en reste, qu'on fait éclater et dont on disperse les dépouilles aux quatre coins de l'hexagone.

La deuxième remarque, c'est que ce processus est entamé depuis longtemps. Pétain d'abord, en 1941, puis De Gaulle, Gaston Defferre, Alain Juppé, et bien d'autres, ont conduit ces attaques contre l'unité de la République, avec une continuité qui montre bien que les étiquettes politiques ne jouent ici aucun rôle. Remarquons que ce processus n'a jamais été linéaire ; il a avancé avec constance et détermination au fil des années, mais il a subi des défaites dues aux résistances rencontrées : à la Libération, au référendum de 1969 par exemple, et aussi partiellement en 1995, ce qui fait que le champ de bataille est assez encombré.

La troisième remarque, c'est pour dénoncer l'hypocrisie de ceux qui expliquent qu'il s'agit de rapprocher les décisions au plus près des citoyens. Y a-t-il vraiment un mouvement général pour permettre aux citoyens de décider ? Bien sûr que non. C'est en fait exactement l'inverse.

Le meilleur exemple est le choix du Président de la République qui après avoir promis un référendum pour la modification de la Constitution, justement pour y introduire la régionalisation, a finalement renoncé à demander l'avis des citoyens, préférant le vote des députés et sénateurs, qui ont déjà formellement voté le texte. Bel exemple de rapprochement des décisions au plus près des citoyens !

Analysons ce que nous dit le Gouvernement dans l'exposé des motifs de ce projet de loi sur la décentralisation :
Il nous dit qu'il s'agit " d'un ensemble de dispositions cohérentes qui sont introduites dans la Constitution afin de servir d'instruments pour la Réforme de l'État ". Cette Réforme de l'État, les gouvernements successifs cherchent à l'imposer depuis de nombreuses années. C'est Alain Juppé dans sa circulaire du 26 Juillet 1995 qui l'avait expliquée de la manière la plus claire. Son objectif est de transférer hors de l'État tout ce qui peut l'être, soit directement au secteur privé, entreprises ou associations de toutes natures, soit à des collectivités locales d'abord, et au privé ensuite pour tout ce qui peut être rentable
Ce qui est nouveau avec le projet actuel, c'est qu'il se place dans le cadre de la future Constitution Européenne, qui doit être proposée fin 2003 par la Convention Européenne présidée par Valéry Giscard d'Estaing. C'est la perspective de l'Europe des Régions.

Avant d'entrer dans le détail, disons déjà clairement que rien n'est encore joué. Les dégâts que ferait aux acquis républicains l'application de cette décentralisation sont tels qu'il est inéluctable que des résistances, des oppositions, apparaissent. C'est pourquoi il est très important de comprendre à la fois le contenu et les enjeux de cette contre-réforme.

Quel en est le cadre général ?
L'Union Européenne s'appuie sur deux principes essentiels : le principe de la libre concurrence et de la priorité à l'économie, donc aux marchés financiers, et le principe de subsidiarité.
Le premier principe est en fait un postulat auto-proclamé. C'est l'économie qui soi-disant mène le monde, c'est par elle que tout doit passer, et tout doit lui être subordonné. C'est une forme de libéralisme économique, basée sur la rentabilité des capitaux investis, sur la Bourse. Il ne doit plus y avoir de secteurs protégés, tout doit relever de la liberté du commerce. Les États eux-mêmes doivent être gérés comme des entreprises, ils doivent être rentables, ne pas avoir un budget en déséquilibre, voire dégager des bénéfices. C'est l'origine des fameux critères de convergence du Traité d'Amsterdam. La rentabilité de chaque service public, de chaque secteur de l'administration, devient un objectif prioritaire. Ils sont mis en concurrence avec le secteur privé, et y sont transférés dès que possible. Pour l'Union Européenne, il n'y a plus de services publics comme nous les connaissons, mais des services généraux, donc pouvant être assurés par n'importe qui. D'où la volonté de réduire rapidement le nombre de fonctionnaires, axe central de la Réforme de l'État. L'objectif actuel est de ne pas remplacer les fonctionnaires qui partent en retraite, enseignants compris, mais de mettre à leur place des contrats précaires qui coûtent moins cher et qui peuvent être mutés ou licenciés sans difficultés. Cette précarisation, clé de voûte de l'économie moderne, est donc également au centre de la décentralisation.

Le deuxième principe de base de l'Union Européenne est le principe de subsidiarité.
Ce fameux principe de subsidiarité, défini par l'Église catholique dans ses encycliques, est en fait le mode d'emploi permettant d'imposer des décisions impopulaires. Le principe de subsidiarité, base du traité de Maastricht, de la Réforme de l'État, et bien sûr également du projet actuel de décentralisation, consiste à décider au sommet sur les questions importantes, et à faire appliquer les décisions par des structures intermédiaires. Ces structures intermédiaires n'ont que le choix de la répartition des fonds accordés, ils sont soumis au contrôle permanent de l'autorité supérieure ; en fait, ils répartissent la pénurie. C'est la méthode des enveloppes globales. Il s'agit alors d'associer à cette répartition tous les citoyens concernés, notamment à travers les associations et les syndicats chargés de les représenter, cela permet d'éviter toute contestation sur les enveloppes elle-mêmes. Cela s'appelle aussi parfois la démocratie participative.

Alors, où est la décentralisation dans tout cela ?
Voyons ce que nous dit le Gouvernement dans son exposé des motifs :
La première question abordée est : comment concilier l'existence de la République, et les droits égaux des citoyens, avec la décentralisation, c'est-à-dire le transfert de pouvoirs aux régions et à d'autres collectivités locales, donc leur diversité régionale ? C'est un vrai problème de cohérence juridique. La réponse est donnée : en séparant ce qui continuera de relever de l'État et les domaines qui seront décentralisés. Ainsi, les droits des citoyens pourront continuer à être égaux, au moins formellement, dans le domaine étatique, même s'ils ne le sont plus dans les domaines décentralisés. L'éclatement de la République n'étant que partiel, il en reste un morceau, celui pour l'essentiel lié au maintien de l'ordre, les fameuses fonctions dites régaliennes : justice, police, Armée notamment.
Le Premier Ministre a indiqué dans sa circulaire du 15 Novembre dernier la liste des fonctions qui pourraient rester nationales. Et cette liste est limitative : la justice, la défense, les anciens combattants, les dépenses publiques, la fiscalité, les douanes, et l'inspection du travail.

Mais là où le bât blesse, pour les citoyens, c'est que l'État républicain n'est pas simplement un l'État répressif. Il est avant tout un l'État assurant l'égalité des droits dans de multiples domaines de la vie quotidienne : l'énergie, les transports, l'éducation, la santé, la culture, etc… Cet l'État républicain assure cette égalité des droits par des péréquations nationales, qui sont autant d'acquis républicains : le prix du timbre postal, le coût du kilomètre SNCF, le raccordement à l'électricité, au gaz, au téléphone, la gratuité de l'école publique, le Code du Travail et la protection des salariés, la protection sociale (santé, retraites, etc..). Si ces domaines sortent de l'État républicain, la péréquation disparaît. Que deviennent-ils ?
Les textes sur la Réforme de l'État répondent à cette interrogation : il y aurait désormais deux familles de fonctions dans l'administration : les services régulateurs et les services opérateurs, et les services opérateurs n'ont pas vocation à rester dans le service public. Ils doivent être transférés à des entreprises ou des associations, soit directement, soit via les collectivités locales. La décentralisation et la privatisation sont donc les deux volets de la même politique, impulsée par l'Union Européenne.

Que deviennent les domaines en questions, soumis à cette logique ?
Pour eux, il n'y aura plus de lois ; ces domaines relèveront directement des directives de la Commission Européenne, donc des priorités économiques et financières, via l'application du principe de subsidiarité. A terme, ce sont les Ministères eux-mêmes qui sont condamnés, ceux de l'Éducation Nationale, de la Santé, des Transports, etc..
Remarquons que la plupart des acquis sociaux et démocratiques en France sont basés sur la dimension nationale, et relèvent directement ou non du service public. Leur régionalisation, et leur privatisation, les détruit, et transforme les droits des citoyens en relations commerciales soumises aux lois du marché.
L'Europe des Régions, dont la Convention prépare une Constitution qui sera appliquée à tous, n'a que faire de ces acquis sociaux et démocratiques, appuyés sur la dimension nationale. La priorité donnée à la compétitivité, à la concurrence, donc à l'abaissement du coût du travail, exige au contraire que soit mis fin à ces anomalies qui s'appellent la fonction publique, la protection sociale, la laïcité de l'État et de l'École, etc.. Pour les marchés financiers, qui dictent leur loi, il s'agit là de rigidités à faire disparaître. L'Europe des Régions, par l'éclatement de la République qu'elle organise, permet de vider la dimension nationale de sa pertinence, donc de supprimer ces rigidités.

Regardons un peu plus dans le détail :
- La privatisation des services publics de transport est en cours. La privatisation d'Air France a été décidée, et c'est l'état actuel de la Bourse qui retarde sa vente. La SNCF a été régionalisée, divisée en un réseau ferré encore dans le domaine public et des opérateurs divers pour le matériel roulant : régions pour l'instant, sociétés privées demain sur les secteurs rentables. Les petites gares ferment les unes après les autres, et les lignes secondaires doivent prouver leur rentabilité ou disparaître. On a vu en Angleterre les résultats de cette privatisation. La régionalisation va accélérer ce mouvement vers la dislocation.
- C'est la même chose pour le téléphone, avec une concurrence qui s'organise, et qui transforme le citoyen utilisant un service public en client d'une société commerciale. C'est aussi le chemin que prend la Poste, avec une priorité à la rentabilité qui menace directement la péréquation du prix unique du timbre. Déjà les colis et les grosses enveloppes sont sorties du monopole public ; le reste suivra. Tout est déjà programmé.
- L'énergie suit le même chemin ; EDF et GDF doivent être privatisées, selon les accords européens signés début 2002 à Barcelone. Là aussi, comme à la Poste, on commence par les gros clients, et les particuliers suivront. Les tarifs seront fixés en fonction de la concurrence. On a vu en Californie le résultat de cette privatisation.

Supprimer les ministères des transports, de l'équipement, privatiser l'énergie, c'est organiser la déréglementation totale, c'est créer l'insécurité partout, c'est vouloir la jungle à la place d'une société civilisée, c'est vouloir créer des catastrophes. Il sera trop tard demain pour se lamenter sur les victimes ; c'est maintenant qu'il faut prendre conscience de la création volontaire des risques, à travers la suppression des garanties du service public.

Concernant l'Éducation Nationale, le processus est le même. La suppression des Maîtres d'Internat et des Surveillants, le renvoi de cette fonction au plan local, est un premier pas qui a beaucoup de mal à passer, car tout le monde sait que ce ne serait qu'un début. Il est déjà question à court terme de recruter localement tous les personnels non enseignants, en attendant de l'étendre aux enseignants eux-mêmes. On sait ce que donne ce système dans les pays où il est appliqué, comme aux États-Unis.
La privatisation de l'éducation ouvrirait un marché très important, par exemple pour l'industrie des logiciels. L'éducation est l'une des branches majeures de l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce, et le principe de la liberté du commerce dans ce domaine sonnerait la fin de l'école républicaine.

Concernant la santé, c'est la même chose. Supprimer le Ministère de la Santé, c'est transférer directement les malades aux sociétés d'assurance, c'est soumettre les possibilités de soins aux ressources financières de chacun, c'est détruire plusieurs siècles de civilisation
L'hôpital public est encore montré comme un exemple de solidarité. On ne réclame pas, ou pas encore, la carte de crédit du malade lors de son admission. On ne lui demande pas jusqu'où va son assurance quand il faut l'opérer. Ce n'est pas le profit qui guide, encore aujourd'hui, les décisions médicales, mais la déontologie des personnels soignants. Avec la régionalisation, l'étatisation et la privatisation programmée de la santé publique et de la sécurité sociale, chacun n'aura droit qu'à un minimum, et il devra s'assurer volontairement pour le reste, notamment pour les opérations un peu lourdes, s'il en a les moyens. S'il ne les a pas, tant pis pour lui. Et les médicaments dits " de confort ", non remboursés, sont de plus en plus nombreux. D'ores et déjà de nombreux lits ont été fermés dans tous les départements, et il y a pénurie de médecins. Quand il faudra que chacun décide de sa couverture maladie, combien accepteront de payer les factures des compagnies d'assurances ?

La régionalisation de services comme l'équipement est également en cours, avec parfois des conséquences dramatiques. Comment réguler le cours des fleuves quand leur gestion est décentralisée ? On remarque que depuis quelques années les inondations sont plus nombreuses, et ce n'est qu'un début. Qu'adviendra-t-il quand toutes les routes seront entretenues par des collectivités locales, avec possibilité de sous-traitance ? L'exemple de la gestion de l'eau par les municipalités en donne un aperçu.

Et ne parlons pas de la culture. Une culture soumise aux régions ou aux collectivités locales aura-t-elle toujours l'indépendance nécessaire à la créativité ? Sans parler de l'agriculture, du tourisme, du logement, social ou non.

Pour l'application de ses décisions, l'Union Européenne, relayée par les gouvernements subsidiaires dans le cadre de la Réforme de l'État, donc aujourd'hui par le projet de loi sur la décentralisation, ne peut pas s'appuyer sur les structures issues de la Révolution Française, et qui forment l'ossature de la République : le citoyen, la Commune, le Département, et la Nation. Ces structures républicaines ont été créées pour administrer un l'État républicain, pour permettre l'exercice des droits égaux des citoyens, dans le respect de la liberté, de l'égalité, de la fraternité.
Le principe de subsidiarité exige d'autres structures, qui ne seront que des relais subsidiaires des décisions prises au sommet, et qui seront chargées de l'application, de la mise en œuvre de ces décisions. Comme le dit l'exposé des motifs de la loi de décentralisation : " Les collectivités territoriales ont vocation à exercer l'ensemble des compétences qui peuvent le mieux être mises en œuvre à l'échelle de leur ressort ". C'est une nouvelle définition du principe de subsidiarité. Au cours des âges ont été ainsi créées les Régions, les Communautés de Communes, les pays. Remarquons que, à l'inverse des structures républicaines, uniquement administratives, ces nouvelles structures subsidiaires se fondent sur des critères communautaires : économiques, linguistiques, voire ethniques. Elles entrent ainsi en concurrence, en opposition entre elles, pour l'obtention des enveloppes budgétaires décidées par les structures supérieures. C'est un système à la fois communautariste et clientéliste, qui favorise l'éloignement des décisions des citoyens, et donc l'application de mesures impopulaires. Des relations de dépendance se créent, des intérêts s'opposent ou font alliance, des mafias se développent. Déjà les Régions font du lobbying direct à Bruxelles ; elles y ouvrent des bureaux. La Région Alsace sera même autorisée à gérer directement les fonds reçus de l'Union Européenne. De même, les communautés de communes se disputent les dépouilles de la démocratie communale, et la survie des départements est directement menacée. C'est bien la République qu'on détricote.

Comment va se passer, d'après le projet de loi, cette attribution des compétences aux collectivités locales, ce détricotage de la République, dans la pratique ? C'est là qu'intervient l'expérimentation.
Essayons de comprendre ce qu'est cette fameuse expérimentation, que les Régions et les autres collectivités locales devraient recevoir en dotation.
L'objectif tel que défini dans l'exposé des motifs est le suivant : " Les expérimentations prévues permettent de déterminer efficacement le niveau adéquat pour l'exercice de telle ou telle compétence ". Il s'agit donc de rechercher, dans chaque cas, le meilleur moyen de faire passer dans la vie les décisions prises au sommet, de sélectionner les structures subsidiaires en fonction de leurs capacités à appliquer et à gérer la pénurie. Le meilleur système sera ensuite retenu, voire généralisé, par les structures du sommet, les centres régulateurs au service de Bruxelles. On est très loin de la République et du pouvoir du peuple souverain !! C'est la destruction dans le détail de la République, morceau par morceau.

Cette destruction de la République, cette régression sociale organisée, n'est pas compatible avec la Constitution telle qu'elle est aujourd'hui. Certes cette Constitution n'est pas parfaite, loin de là, mais des acquis républicains y sont encore inclus, qui ont résisté aux gouvernements successifs Seule une modification de la Constitution peut permettre l'éclatement de la République voulue par les marchés financiers et ceux qui les soutiennent. C'est un enjeu majeur de la période actuelle. La Libre Pensée espère avec ces quelques réflexions avoir au moins contribué à définir les enjeux, et à proposer des axes de résistance. Déjà cette résistance s'organise. Par exemple, un appel de personnalités vient d'être publié, pour s'opposer à la révision de la Constitution, et défendre la République Une et Indivisible. Les signataires sont des élus, des responsables politiques ou syndicaux, des défenseurs des libertés démocratiques, et de nombreux responsables de la Libre Pensée. C'est la bonne voie.
Nous espérons que la raison l'emportera, et que les acquis sociaux et démocratiques que nos pères ont conquis, notamment pendant la Révolution Française, la 3ème République, et à la Libération, pourront être sauvegardés, et que la civilisation ne connaîtra pas le recul historique qu'on lui promet avec cette soi-disant décentralisation. Pour cela, il faudra organiser la résistance, pour empêcher l'irréparable.
Je vous remercie.
Vous pouvez obtenir le texte de cette intervention en contactant la Libre Pensée, 10-12 rue des Fossés Saint-Jacques, 75005 Paris, téléphone 01 46 34 21 50, e-mail : libre.pense@wanadoo.fr


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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:10

DÉMOCRATIE LOCALE
Le mensonge de la proximité
Lorsqu’un premier ministre - Michel Rocard - a dit que la démocratie commençait avec des problèmes de couleur boîtes à lettres, il a proféré un mensonge : la démocratie meurt et s’achève avec des problèmes de boîtes à lettres. Les réunion « crottes de chien » dans les quartiers sont beaucoup plus qu’une insulte à l’intelligence populaire : elles sont la traduction du mensonge de la « proximité » et de la démocratie locale. La démocratie ne peut être ni locale (à Roubaix à propos de Roubaix) ni sectorielle (avec des jeunes à propos des jeunes). Cette démocratie-là s’appelle du contrôle social.
Démonstration:
C’est une réunion d’un « comité d’initiatives d’habitants » d’un quartier populaire de Roubaix. (On ne demande à aucun bourgeois de faire des « projets », mais les pauvres sont supposés avoir des initiatives). L’élu PS du quartier, en chemise blanche manager  sans cravate, arrive avec sa jeune secrétaire dans une salle sinistre d’un équipement préfabriqué où l’on a réuni les « représentants » des habitants type, ou plutôt le peuple tel qu’un élu notable se le représente :  le beur de service, le vieux garçon chronique, la femme abîmée, et quelques travailleurs sociaux qui croient repasser leur bac à chaque nouvelle réunion. L’élu très en forme,  appelle familièrement la femme abîmée « notre vedette locale » parce qu’elle est passée en photo à côté du maire dans le journal municipal. Il promet d’être bref parce qu’il est débordé, et sera très long. Il exposera tout ce qu’il fait pour le quartier, et notamment qu’il a bataillé contre les autres élus des autres quartiers pour que les bacs à fleurs arrivent dans ce quartier-ci et pas dans les autres. Il rappelle toutes ses promesses et démontre qu’il les tient toutes : dos d’âne rue Pasteur, poubelles rue Michelet, Bacs à fleurs rue Victor Hugo et peut-être…suspense, un petit commerçant qui accepterait de revenir rue pasteur, mais chut ! Je ne vous ai rien dit. Curieusement, les habitants du groupe d’initiatives n’ont pas été consultés quand la municipalité a décidé d’implanter une grande surface AUCHAN qui a liquidé la quasi-totalité des petits commerçants : des rues entières aux vitrines à vendre. La dame abîmée demande ce qu’on fera pour la rue Prévert ! Quand on traite les rues comme des clientèles, il vaut mieux arroser chaque rue ! L’élu promet de pouvoir faire engager des jeunes du quartier par le métro de la Ville centre. Quand on lui dit que les jeunes sont fichés pour fraude et interdits d’emplois dans le métro, il répond en clignant de l’œil qu’il connaît une relation personnelle dans l’administration du métro et qu’on lui envoie le dossier du jeune en question. Enfin il déplore qu’il y ait eu une pétition d’autres habitants contre la mosquée parce que, lui, y était plutôt favorable…Maintenant, évidemment, c’est foutu – dit-il. Enfin, gardant le scoop pour la fin, il annonce le transfert sur ce quartier du futur lycée, et dit avoir gagné la bataille de l’emplacement. La salle très surprise lui dit que le quartier aurait pu être consulté et qu’ils ne sont pas si chauds que cela pour avoir un lycée…Colère : il a pris la décision seul sachant évidemment que c’était une bonne décision pour le quartier.

Cette histoire vraie et banale illustre toute l’ambiguïté  de la démocratie représentative locale entendue comme le devoir que croit avoir l’élu du peuple, de satisfaire les demandes concrètes de ses mandants. La démocratie n’a JAMAIS eu pour fonction d’apporter des solutions, mais de formuler publiquement des problèmes, en confrontant les intérêts contradictoires en présence, et en vue de préparer des arbitrages temporaires entre ces intérêts.

Etait-il pensable que la municipalité donne le choix de la discussion à la population sur l’implantation d’une grande surface et de ses taxes professionnelles, ou d’un lycée, ou qu’elle n’abandonne pas la mosquée à la première pétition ? Répondre sincèrement à cette question permet de mesurer le chemin qui reste à parcourir entre l’actuelle démocratie de représentation et ses conseils de proximité, et ce que nous appelons démocratie de participation. Le degré et la qualité de la démocratie se mesurent à la quantité réelle de pouvoir octroyée aux citoyens, dans leur capacité de modifier le fonctionnement réel d’institutions réelles (école, OPHLM, entreprises, justice, santé, aménagement, culture, etc…). Ce qui définit un fonctionnement démocratique, ce n’est pas le respect des formes (conseils) sur des sujets anodins (bacs à fleurs), mais le sujet de la discussion (des enjeux réels) et publicité des contradictions et conflits en présence. Il n’y a pas de plus grande urgence pour les municipalités, à l’heure où l’école se prépare à être vendue aux opérateurs privés, que d’engager la discussion publique avec les citoyens, les élèves et les enseignants, sur les sujets qui fâchent : la sélection scolaire, les programmes, les dérogations à la carte scolaire, les enseignements, l’absence de pédagogie…Quelle municipalité démocrate s’y risquera ? Mieux vaut signer un « contrat éducatif local » où la mairie comptabilisera fièrement les heures de canoë-kayak offerts à la population.

Dans les  « nouveaux territoires », les communes, vidées de leurs prérogatives, voient leur maigres possibilités de financements soumises à des dispositifs dessinés au niveau européen. La concurrence entre communes et territoires n’a jamais atteint une telle violence. Les communes se gèrent comme des entreprises concurrentes. Victoire du capitalisme ultra-libéral.  Les décisions sont de plus en plus techniques parce que les montages financiers sont de plus en plus complexes et les problèmes sociaux de plus en plus explosifs. La démocratie ferait perdre du temps. Dans la « nouvelle gouvernance », les élus choisissent avec soin les associations et les représentants du peuple appelés à valider des décisions déjà entérinées avec des experts, et appellent cela de la démocratie locale.

La droite veut tellement fort la décentralisation qu’on peut se demander si c’est bien un mesure progressiste.
Nous voulons des modalités de démocratie participative qui associent des citoyens, des travailleurs des services, des usagers, dans l’expression,  l’analyse et la délibération sur la manière dont les institutions fonctionnent. Nous exigeons le temps de la recherche, qui n’est pas celui d’une soirée-débat, mais d’une année-recherche. Nous demandons les moyens de faire ce travail et les conditions intellectuelles et politiques pour le mener à bien. Nous voulons des élus démocrates. Nous ne sommes pas leurs clients.

Le local n’a de sens que pour ce que l’on peut y travailler d’universel. Une école en difficulté ne reflète que la difficulté de l’Education Nationale toute entière, et nous revendiquons de nous en mêler. Qu’on nous invite à travailler localement sur les problèmes de l’éducation nationale, plutôt que sur les problèmes du quartier et l’on pourra commencer à parler de démocratie.
Franck Lepage
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:15

DEVELOPPEMENT

Développement local, développement social, développement culturel… Dans le quatrième pays le plus riche du monde - la France - nos actions doivent dorénavant produire du développement, terme jusque là réservé aux pays dits “ sous-développés ” ? L’envahissement de la pensée économique et de son vocabulaire correspond en France à l’arrivée des socialistes au pouvoir. Dès la conférence de Mexico en 1981, (rompant avec une tradition de l’éducation populaire faisant du “ développement culturel ” l’arme contre le développement économique (Joffre-Dumazedier), Jack Lang déclare que désormais, développement culturel et développement économique ne sont qu’une seule et même chose. Qu’on se le dise ! La pensée simpliste du capitalisme (plus c’est mieux donc mieux c’est plus) impose à toute activité de produire de l’accumulation. Même sous-employés, il faut plus d’équipements (culturels, sportifs…et plus de rond-points), Le développement local est une mise en concurrence des territoires les uns contre les autres, et la fin des solidarités nationales. Guerre des images et de la subvention. Séduction des entreprises, audimat. Le développement social est la pacification des conflits pour positiver l’image de la commune, le développement culturel est la conquête forcée des publics de la nouvelle marchandise culturelle. Or la croissance ne produit pas de développement. Trente années de croissance ininterrompue produisent 20 millions de chômeurs et 60 millions de précaires dans l'Europe “développée” et accroissent l’inégalité partout. Confondre développement et croissance, c’est ne pas comprendre que la condition du développement est d’abord le conflit démocratique et non l’harmonie factice du partenariat. Apprenons à nous débarrasser de ces termes pour réapprendre à penser par nous-mêmes.

Exercice : Remplacez “ développement ” par “ capitalisme ” dans la phrase suivante : Le développement local combine du développement social, du développement culturel avec du développement économique pour produire du développement durable......ah ouais, on comprends de suite pourquoi les capitalistes voudraient que ce développement soit durable....tu m'étonnes!
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:18

ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE :
Probablement une des dernières meilleures blagues de la décennie écoulée ! Dans son désir pathétique de faire partie de la grande famille économique - c'est à dire de marchandisage tout en faisant semblant d'avoir une âme - la "vie associative" s'est mise à se revendiquer d'une économie qui ne serait pas méchante comme celle du vilain capitalisme, mais "sociale" et "solidaire"...Un capitalisme à visage humain en quelque sorte, mais dont les dirigeants nous rabâchent les oreilles du "poids économique", et de la reconnaissance qui tarde à se faire admettre à la table des grands. Disons le tout net, L’économie sociale et solidaire n’existe pas ! Empruntons au sociologue Matthieu Hely son explication limpide. Derrière les célébrations du monde associatif, la promotion de « l’économie sociale et solidaire », Matthieu Hély décèle le désengagement de la fonction publique et la dérégulation programmée du travail. Il faut en finir avec l’enchantement d’un monde associatif pris pour ce qu’il n’est pas (un compromis entre plusieurs logiques antagonistes) pour l’aborder comme ce qu’il est devenu : un marché du travail dont les acteurs précarisés ont perdu le statut naguère garanti par la fonction publique.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:20

ÉDUCATION TOUT AU LONG DE LA VIE
Derrière cette généreuse formulation à la mode Sarkozy, l’attaque coordonnée du patronat européen : la condamnation à se former jusqu’à ce que mort s’ensuive ! Pour se rendre « employable » et faire disparaître la notion de « métier » (et toutes les mobilisations syndicales qui y étaient liées) il faut remplacer les « qualifications » établies une fois pour toutes, par des « compétences » changeantes. Vive l’entrée dans la « précarité » et « l’imprévisibilité », vive la « société du risque » chère au MEDEF qui n’en prend aucun. « La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail devrait il ne pas l’être ? (L. Parisot, ex-présidente du Medef).

Le concept « d’éducation tout au long de la vie » inventé par Jacques Delors, a été développé et diffusé par l’OCDE, boîte ultra libérale au service du patronat européen, très éloignée des préoccupations gauchistes de promotion du peuple Aujourd’hui, l’éducation et la formation tout au long de la vie absorbent la totalité de la formation et doivent à la fois mettre l’accent sur l’apprentissage qui va de l’enseignement préscolaire jusqu’à l’après-retraite, et couvrir toute forme d’éducation, qu’elle soit formelle, non formelle ou informelle.
Le plus horripilant n’est pas le cynisme du patronat, mais la crédulité avec laquelle les associations socioculturelles ont adopté cette nouvelle gourmandise en y voyant la mise en œuvre du projet d’éducation populaire, ou peut-être plus pragmatiquement un bon petit marché juteux !
Les exigences des employeurs se sont imposées en douceur grâce à ce petit mensonge de traduction : en Europe, les textes parlent bien d’apprentissage tout au long de la vie. Déjà en 1971 une victoire de l’immédiat après 68, la loi sur « l’éducation permanente » avait glissé vers des dispositifs de « formation continue » au service des entreprises, ce qui n’est pas du tout la même chose. Même si la part d’utopie qui fait la force de l’idée d’éducation permanente a suscité quelques mesures plus conformes à l’ambition d’origine, comme le congé individuel de formation introduit dans la législation en 1982 Le résultat est que ce sont les actions courtes d’adaptation aux évolutions de l’emploi qui se sont taillées la part du lion. Si vous êtes chômeurs, demandez donc au Pôle Emploi de vous financer une licence d’histoire, Je vous parie qu’on vous proposera un stage court de découpage en poissonnerie ou d'initiation à l'informatique.

L'enseignement doit soutenir la compétition économique tout en se privatisant. Un dualisme des niveaux d'instruction doit s'installer puisque 65% des créations d’emplois en Europe dans les dix prochaines années seront des emplois non-qualifiés. A quoi bon former des philosophes ? l'éducation est un formidable marché qui représente en volume le double du marché automobile mondial, mille milliards de dollars scandaleusement laissé aux service publics et qui échappent à la spéculation privée. Si l’union européenne veut être « l’économie de la connaissance la plus compétitive », il faut démanteler les systèmes nationaux d’éducation, c’est sa priorité sous pression des grands groupes privés éducatifs. Il va falloir « apprendre à apprendre », c'est-à-dire apprendre chez soi, sur son temps de loisir non pris en charge par l’employeur, avec des logiciels éducatifs ! Vive la « société de la connaissance et de l’information », vivent les « NTIC ».

Traduction :
« Dans la société de la connaissance, les jeunes devenus adultes auront le droit de continuer à s’éduquer tout au long de la vie. »

Ou :

Dans le capitalisme culturel tertiaire informatisé, ceux qui ne s’adaptent pas rapidement aux innovations technologiques seront exclus de la société
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:22

ÉGALITÉ DES CHANCES
Après avoir éliminé Robespierre, la réaction thermidorienne de 1795 met fin à la révolution et à l’idéal d’une société dans laquelle l'égalité serait réalisée. Mais comment consacrer le retour de l’inégalité, de l’argent, de l’aristocratie, de la fortune, de la propriété sans que le peuple ne reprenne les armes ? Comment abandonner l'égalité sans que cela ne se voie ? En l’appelant : « l’égalité des chances ». L’égalité des chances est le mot qui veut dire « Inégalités». Tels le lapin et la tortue, nous sommes donc « égaux » sur la ligne de départ. Nous avons virtuellement les mêmes « chances ».

En entrant à l’école, Bastien dont le père est banquier, et Mohammed, dont le père est chômeur ont donc les mêmes « chances ». Il est évident que si Bastien intègre une grande école et Mohammed ne dépasse pas la troisième professionnelle, ce n’est que le résultat de leur mérite propre. L’un n’a pas su, ou pas voulu utiliser les « chances » que l’on avait mises à sa disposition en égale proportion avec l’autre. Quand l’un et l’autre doivent raconter leurs vacances dans une rédaction, c’est un pur hasard si les parents de Bastien et le professeur possèdent la même culture, partagent les mêmes codes, les mêmes modes de vie, et aiment tous les deux les mêmes vacances : marcher dans le Cantal plutôt que de s’entasser au camping des flots bleus et de faire du baby foot au café de la plage. Ou encore de rester jouer au foot tout l’été sur la dalle de l’immeuble. Si la rédaction de Bastien (à qui sa maman a appris à reconnaître les chants d’oiseaux dans les forêt du Cantal) reçoit une meilleure note, c’est parce que Mohammed n’a pas voulu faire l’effort de raconter dans des termes joliment et littérairement tournés ses journées d’été occupées à traîner dans son hall d’escalier. Un tel sabotage de ses « chances », une telle mauvaise volonté, une telle paresse intellectuelle méritent une sanction. Un tel refus d’utiliser les « chances » que l’école républicaine a mises à sa disposition, mérite une mauvaise note.

Comme tous ces mots à dépolitiser les rapports sociaux, « l’égalité des chances « est une machine à nous faire croire que cette société offre à tous une égale opportunité et que nous sommes seuls responsables de notre situation. C’est le modèle Américain du « land of opportunity ». Il n’y a plus de patrons pour nous exploiter, seulement des individus qui ont voulu ou pas saisir leurs chances.

Transformé en loi, ce principe de l’égalité des chances légitime l’abjection des « grandes écoles » dans lesquelles se côtoie et se reproduit « l’élite républicaine » qui est essentiellement le refuge de la noblesse et de l’aristocratie reconstituées. Depuis la loi sur l’égalité des chances, un quota de pauvres et d’étrangers (pardon…de « minorités visibles ») est autorisé à rentrer dans ces écoles. Mais la question n’a jamais été de savoir combien y entraient, mais combien en sortaient. Au nom de l’égalité des chances, tout le monde rentre dans l’entonnoir de l’école, mais seulement 1% de fils d’ouvriers en sortent avec un diplôme universitaire quant la France dénombre 30% d’ouvriers en 2005 au sein de la population active. Jetons un voile pudique sur les 99 autres… Le problème de l’égalité n’est pas de rentrer mais de sortir égaux, pas de démarrer mais de finir égaux. C’est une toute autre tâche !

Traduction
Pour aider les parents à exercer leur autorité parentale la loi sur l’égalité des chances institue un contrat de responsabilité parentale qui permet d'assigner des objectifs aux parents. S'il n’est pas respecté par la famille, les autorités compétentes pourront prononcer la suspension provisoire de certaines allocations. (texte officiel)

Pour punir les familles dont les enfants ne se soumettent pas à l’oppression et à la pauvreté, la loi pourra pénaliser financièrement les parents pour leur apprendre à faire respecter l’humilité de leur condition.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:25

EMPLOI
synonyme de "travail aliéné, ou travail subordonné". Le contraire est le travail libre, celui que l'on choisit, et qui ne se met pas au service de la valorisation d'un capital. C'est en ce sens qu'on peut dire qu'un retraité "travaille" enfin : à faire son jardin, à sculpter, à construire une maison, à être élu communal, etc...Il n'a plus besoin d'aller s'employer pour toucher son salaire. Dans la vulgate capitaliste, ne devrait recevoir un salaire que celui qui renonce à son droit à choisir librement son travail et se soumet à un emploi non choisi, souvent inepte (trimballer des caisses pour un SMIC au service d'un propriétaire de l'entreprise qui amasse des bénéfices) voir destructeur : dans la pub, dans l'armement, ou comme conseiller fiscaliste ! Il y avait jusqu'en 1998 un ministère du travail. Puis ce ministère est devenu un "ministère du travail et de l'emploi"...tiens tiens....les oreilles distraites n'y auront vu qu’un pléonasme curieux. Pourtant ce ministère devint bicéphale, composé de deux directions antagonistes : une direction du travail, avec des inspecteurs du travail, dont le rôle était de préserver, défendre et continuer le droit du travail, et une direction de l'emploi, dont le but était de massacrer le droit du travail, c'est à dire de faire accepter au nom des politiques d'emploi, des contrats de travail qui dérogent au droit du travail. C'est le début des emplois aidés, des emplois jeunes et autres astuces pour exercer une basse pression salariale et faire baisser les salaires. Il n'y a AUCUN problème du chômage des jeunes en France, qui est exactement au même pourcentage que le chômage du reste de la population. Statistiques sérieuses. Mais l'argument du chômage des jeunes (et prochainement des emplois seniors) est une merveille pour accepter de se faire embaucher à moitié moins (en francs constants) que dans les années soixante-dix. On rappelle que les emplois jeunes sont une mesure "socialiste" (autre usurpation de langage). Les "politiques d'emploi" ont TOUTES pour but de casser le droit du travail et la protection sociale. C'est au nom de l'emploi que l'on peut exonérer de cotisations patronales !!!
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:28

EMPLOYABILITÉ
Capacité à se soumettre, à se renier, à renoncer à son métier, à son savoir faire, à son désir professionnel, et à accepter n'importe quoi au nom de l'emploi. L'employabilité est ce qui tue le travail. Officiellement : capacité individuelle à chercher, trouver et se maintenir dans un emploi...L'employabilité, c'est comment faire en sorte d'entrer mieux que l'autre dans une case précise. « Comment je vais pouvoir, mieux que mon voisin, me conformer à ce qu'on attend de moi », et donc être docile et rentable. L'employabilité pourrait même, si l'on va jusqu'au bout de l'idée, se préciser en pourcentage : untel a une employabilité à 80%, celui-là plutôt à 50%, puisque que l'idée est de quantifier ce qui n'est pas quantifiable. « Améliorer l'employabilité », quelle belle expression lorsqu'il n'y a pas de travail!!!! Quel non-sens! Tout comme sa cousine l'insertion, l'employabilité est un leurre, qui ne fait que pousser à l'individualisation des parcours professionnels et à la culpabilisation des personnes au chômage (c'est qu'elles ne sont pas « employables », alors!). Et comme l'employabilité c'est « être acteur de sa réussite professionnelle », la non-employabilité équivaudrait logiquement à « être responsable de son échec professionnel »!!! Issue de la logique de compétition chère à la doctrine libérale, elle permet donc aux employeurs d'exploiter des salariés généralement sur-qualifiés, qui se seront battus pour être plus « employables » que d'autres afin d'avoir le privilège de toucher un salaire de misère. L'employabilité, c'est le pansement sur la jambe de bois, se préoccuper du symptôme sans guérir la maladie qui en est la cause. L'employabilité part du constat suivant : « s'il y a des chômeurs, c'est parce qu'ils ne savent pas trouver du travail, pardi! » Ou comment éviter de se poser certaines questions : pourquoi y-a-il du chômage? A qui cela bénéficie-t-il? Comment (vraiment) faire pour qu'il y en ait moins?

Exercice de traduction : « Nous allons œuvrer afin d'accompagner les personnes à améliorer leur employabilité pour qu'elles puissent ainsi s'insérer efficacement dans le monde du travail. »
ou
Nous allons pousser les personnes à entrer dans une logique de compétition afin qu'individuellement, elles puissent acquérir des compétences pour ainsi être mieux exploitées par un hypothétique employeur qui n'arrivera peut-être jamais. Si ces personnes n'y parviennent pas, c'est qu'elles n'auront pas donné le meilleur d'elles-mêmes.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:32

ENGAGEMENT

Raffinement de l'anti langage, le concept d'engagement signifie aujourd'hui toute forme de manifestation non-politique, voire anti-politique. Au nom de l'engagement, on cesse de discuter ou de brasser des idées (politiques) pour agir "concrètement". La forme par excellence de ce nouvel "engagement" est l'action humanitaire. Triomphe de l’idéologie de droite dans le langage, « l’engagement » signifie aujourd’hui toute forme de participation non-politique, voire anti-politique. Le ministre Luc Ferry l’a dit : "l’engagement des jeunes" sera l’axe fort de sa politique. On se frotte les yeux : va-t-on se réveiller du long sommeil libéral-socialiste et revenir à notre mission d’éducation politique des citoyens ? Que nenni : l’engagement en question est civil, associatif, sportif, artistique, humanitaire…mais pas politique! Il y a vingt ans, l’engagement signifiait l’acte de se choisir politiquement. Les travailleurs sociaux, les artistes, les jeunes, qui ne « s’engageaient » pas étaient regardés avec pitié. Aujourd’hui c’est l’inverse ! Curieusement, ceux-là même qui font carrière (locale, régionale, nationale) via les partis, considèrent comme un péché que leurs concitoyens s’intéressent à la politique.

Le nouvel engagement doit être concret, ciblé, et pragmatique. Les idées abstraites conduisent au goulag ou au terrorisme. Se méfier des idées, se méfier de la réflexion. Se méfier de la critique qui conduit à la réflexion qui conduit aux idées. S’engager pour les pelouses et les espaces verts de son quartier, c’est faire la police soi-même et prévenir les révoltes stériles qui pourraient naître de l’idée que ce quartier de chômeurs et d’immigrés fabrique du malheur. S’engager c’est être positif et arrêter de pleurnicher sur ce qui ne va pas !

Emmener des jeunes à coup de subventions pour repeindre une classe d’école au Mali, (à 2000 euros le billet d’avion, c’est cher du pot de peinture) c’est les amener à « s’engager » et c’est bien ! Les faire réfléchir sur l’état de délabrement de leur propre lycée poubelle, où l’on a parqué la totalité des enfants d’étrangers pendant que les petits français ont obtenu une dérogation pour le centre-ville, c’est leur faire faire de la « politique », et c’est mal ! S’occuper des ennuis des autres, c’est apprendre le désintéressement. Réfléchir à ses ennuis, c’est faire de la politique.

La vie associative a accepté de faire vœu de chasteté politique en échange d’un strapontin dans l’économie sociale marchande. Elle accueille, emploie et forme cette nouvelle version des dames patronnesses que sont les « bénévoles » qui n’ont plus rien des militants, qui s’engagent « concrètement » et grâce auxquels les services publics délégués aux associations reviennent moins cher aux pouvoirs locaux. Elle apprend aux jeunes à « s’engager positivement » en échange d’un contrat précaire. La vie associative est aujourd’hui le plus fidèle allié et le plus efficace relais de l’idéologie droitière de dépolitisation des relations sociales.

Exercice de traduction :
« En s’affranchissant des affiliations partisanes, les jeunes d’aujourd’hui renouvellent les formes de l’engagement en parlant en leur nom propre et sur des sujets concrets. »

La destruction des dynamiques populaires (syndicats, partis d’adhérents) par vingt ans de libéralisme sauvage, laisse les jeunes isolés face à une compétition féroce dans une société d’exclusion organisée de l’accès à la chose publique.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:33

FORMATION
En 1971, la loi sur l’éducation permanente, grande victoire de l'après 68 arrachant le savoir adulte des universités, se pervertit dans « formation continue ». Le droit de s’instruire à tout âge devient le devoir de se former toute sa vie, de se rendre employable dans une société ultra productive et compétitive. Quand le chômage est un choix d’organisation de l’économie, on se forme pour rester dans la compétition ! L’OCDE déclare dans un rapport récent : « La décision politique d’encourager l’apprentissage tout au long de la vie est destiné à fournir aux grandes entreprises européennes l’infrastructure éducative qui est essentielle au maintien de leur taux de profit ». A l’heure où les « qualifications » qui dessinaient des métiers font place aux « compétences » qui ouvrent à des emplois, se former sans arrêt, c’est ne jamais avoir un métier. L’âge n’est plus garant d’un savoir faire, mais c’est un handicap qui sera comblé par...l’envoi en formation, (ou le décrochage). Il faut « apprendre à apprendre » sur son temps de loisirs et à ses frais, via des logiciels qui sont tout prêt à inonder le marché. Le droit à l’éducation tout au long de la vie devient une obligation jusqu’à ce que mort s’ensuive de s’adapter professionnellement à la destruction du travail : la plus belle sornette que l’on peut relayer à gauche en croyant bien faire.

Exercice de traduction : Le droit à l’éducation tout au long de la vie offrira à chacun l’occasion de construire son parcours personnel et d’en changer.

La destruction des systèmes éducatifs nationaux laissera chacun seul face l’obligation de s’adapter au marché de l’emploi et d’abandonner toute carrière.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:36

GOUVERNANCE
Afin de dissimuler la relation de pouvoir et d'autorité, la "gouvernance" , terme new-look, laisse entendre que le gouvernement des choses et des gens, que la décision (publique ou d'entreprise) , ne sont plus qu'une affaire de gestion en bonne intelligence et en participation avec le plus grand nombre. Dans la gouvernance il n'y a plus de chefs ni d'autorité. Il n'y a plus que des procédures pour arriver ensemble au meilleur résultat. La gouvernance est présentée comme un phénomène passif, et non comme une volonté active : "ça" se gouverne tout seul, si on laisse faire (thèse libérale).
La grande astuce de la gouvernance locale, (par exemple) consiste de la part des pouvoirs territoriaux à CHOISIR les heureux représentants qui seront dignes d'être associés à la décision (ou de le croire) en échange d'un strapontin de reconnaissance. Cela permet au maire ou au conseiller général de prétendre qu'il a associé la population, quant il s'est contenté de désigner un ou deux vassaux associatifs trop heureux de poser sur la photo. La gouvernance n'associe personne au partage du pouvoir, pourtant elle fait tout comme.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:37

INNOVATION
Dans l'accélération des idées , des biens et des services sur le mode du renouvellement de la marchandise, l'innovation est une "méta-valeur". Elle remplace toute les valeurs et s'y substitue. Le sens est annulé, c'est la nouveauté qui fait sens. Bon ou mauvais, (anciens critères) peu importe, c'est nouveau, donc c'est bien...même quand c'est mauvais ! Le capitalisme n’étant pas un régime de satisfaction des besoins mais d’accumulation sans fin, nous y sommes condamnés à « innover ». Manifester de la nouveauté, sous le prétexte de «progrès » ou de « développement » c’est manifester son dynamisme productif. Il n’y a pas de crime plus détestable que de « stagner », ou de se contenter de quelque chose qui fonctionne bien ou qui donne entière satisfaction.. La fuite en avant dans la marchandise doit constamment réactualiser le discours de l’exploitation pour mieux la masquer. Le capitalisme doit bouger ou mourir. Aucune vérité, aucune valeur ne sont vraies au point qu’on ne puisse pas les dépasser, puis les démoder. Toute valeur doit se renouveler pour rester crédible. La laïcité elle-même – par exemple - doit devenir moderne. « L’innovation sociale, culturelle, pédagogique », imposent de déclarer ringardes des manières de faire qui ont déjà plus de cinq ans. Il nous faut nommer d’une manière nouvelle ce que l’on continue de faire comme avant. L’animation communautaire doit s’appeler le développement local. La non-directivité doit laisser place à la pédagogie de l’autonomie. Quand nous aurons enfin réussi à nous mettre d’accord pour abolir cette abjecte notion de développement local, ou cette stupidité qu’est la pédagogie du projet, le capitalisme aura depuis longtemps inventé de nouveaux mots pour réactualiser le masque de sa domination.

Assez curieusement, le socialisme semble une idée définitivement ancienne quand le capitalisme ne cesse d’être une idée d’avenir, constamment rajeunie. Le capitalisme est la seule valeur qui ne se périme pas ! Le terrorisme de l’innovation produit la honte de penser par nous même et de n’être pas modernes. Le crime de nous prendre pour des sujets politiques plutôt que pour de bons petits agents du langage. Nous sommes pitoyables à force de vouloir rester dans la course, et prouver notre modernité, l’actualité de notre projet (reformulé comme il se doit), et de nos méthodes. Ce désir de modernité dans le langage n’est rien d’autre que notre servilité constamment réaffirmée auprès de nos maîtres financeurs. « L’innovation » ne vise que la « performance » qui n’est autre que la « productivité » que la capital attend de chacun de nous. Depuis trente ans, c’est l’autre nom de la déréglementation, de la destruction de toutes les lois que nous avions érigées contre la loi de la jungle : innover, c’est alléger les freins mis à l’exploitation. Montrer qu’on est innovant, c’est montrer qu’on est prêt à trahir, à renier tout ce à quoi on a cru avant. Le moderne est un lâche. Quand aurons nous le courage d’affirmer la qualité durable de notre savoir-faire et d’envoyer au diable les injonctions qu’on nous fait à présenter des « projets innovants » ?

Exercice de Traduction :
Le nouveau projet d’établissement fera la place à une innovation pédagogique qui visera à une plus grande autonomie de l’élève.

La mise en concurrence commerciale des écoles leur permettra de s’affranchir de l’égalité et de laisser les élèves encore plus seuls dans la sélection et la compétition.
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:39

INSERTION
N'importe quel agent d'insertion sait qu'il n'a jamais inséré personne autre que lui-même. Pour reprendre la très belle définition de Bernard EME, l'insertion consiste à lier en déliant...c'est à dire à fixer la personne à une place en dehors des parcours d'intégration. l'insertion cela n'existe pas. Cela supposerait il y a des gens en dehors de la société d'autres qui sont en dedans. Mais même le clochard sous un pont est à une place précise dans la société et les rapports sociaux .L'idée "d'insertion" c'est qu'il n'y a pas de place pour tout le monde. Lorsque nous acceptons d'utiliser le terme d'insertion, nous acceptons de véhiculer l’idée aberrante qu'il n'y a pas de place pour tout le monde, que cette société est une assiette au beurre qui tourne un peu vite pour certains, et que les plus faibles ne savent pas s'accrocher et sont éjectés vers la sortie. N'importe quel anthropologue sait que l'on fait partie d'une société quand on peut la contester. (mai 68) Il serait donc infiniment plus intéressant plutôt que d'utiliser le terme d'insertion, de faire appel au concept d'intégration critique. De ce point de vue, dans une mission locale pour l'emploi, plutôt que de trouver un travail de balayeur de cheveux chez un coiffeur, d'expliquer aux jeunes qu'il n'y a pas d'emploi parce qu'il a été méthodiquement détruit depuis une vingtaine d'années par le patronat, et de travailler avec eux à une compréhension des mécanismes de sélection sur le prétendu "marché du travail"...On verrait alors ces jeunes commencer à s'intégrer ! En faisant de la politique.
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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:40

INTERCULTUREL
1) Présentation pacifiée et non politique des rapports internationaux.
2) Ethnicisation des rapports sociaux, et transformation de la lutte des classes en un problème de compréhension mutuelle entre différents codes culturels. "faire de l'interculturel", dans un quartier, c'est œuvrer à une "meilleure compréhension" entre des identités culturelles devenues non-politiques, c'est gommer le conflit, les raisons du conflit, c'est interdire l'explication politique des souffrances. Implicitement, le problème ce ne sont plus les ouvriers, ce sont les Arabes, les étrangers, les autres.. Le fin du fin de l'action interculturelle, c'est la fête de quartier avec mélange des saveurs ! On avance !
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tubal-caïn



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MessageSujet: Re: Désintoxication du langage   Dim 21 Juil - 12:45

JEUNESSE - LES JEUNES
« La jeunesse », ça n’existe pas. Personne ne peut en produire une définition correcte. C’est impossible.
« La jeunesse » est un adolescent Algérien qui habite à la Courneuve et un étudiant de 24 ans à sciences po qui habite Neuilly. Pourtant cette notion apparaît dans le discours politique à partir des années soixante (les jeunes qui traînent et ne travaillent pas) et permet de masquer le vrai problème : A quelle condition fait on partie de cette société aujourd’hui, et comment s’y intègre-t-on ? Chômage, coût de la vie, pénurie de logements, ségrégation scolaire, etc. Transformer une catégorie politique (les conditions d’accès au marché de l’emploi) en une catégorie naturelle (les jeunes) est une astuce formidable pour dépolitiser tous les problèmes. La « jeunesse » devrait être une image pour parler des forces de la transformation sociale, et non pas une catégorie sociologique spécifique de la population à « traiter » séparément.

Une « politique de la jeunesse » devrait englober entre autres ministères: l’école, la santé, les affaires sociales, la "culture", les loisirs, le logement, l’accès au travail, etc, etc, etc. Le seul fait que la politique de la jeunesse n’englobe même pas la question de l’éducation et de l’école en dit assez long sur le joujou qu’on agite sous notre nez. Pour cela, les associations d’éducation populaire ont deux défis: Arrêter de ne de proposer aux jeunes que du rap et du sport, développer effectivement leur expression et leur délibération sur des enjeux non-jeunes (école démocratique, monde du travail, services publics, droits sociaux et politiques, stratégie internationale de la France…) et susciter dans le même temps l’expression et la délibération des citoyens adultes sur les politiques de la jeunesse. Il faut dépasser l’échelle locale et l’échelle du traitement sectoriel (non-politique) des problèmes (les jeunes, les vieux, les handicapés, les Arabes, les femmes…).

On prendra alors le risque de s’apercevoir que la démocratie n’est jamais locale (on ne fait pas de démocratie avec des problèmes de boîtes à lettres, mais avec des problèmes généraux, on n’en fait pas en s’occupant de ses problèmes mais en s’occupant de ceux des autres) et la démocratie n’est jamais sectorielle (on ne fait pas de la démocratie qu’entre femmes, ou qu’entre jeunes, ou qu’entre immigrés…).

Car « la jeunesse », c’est aussi la question de l’immigration, de la vieillesse, de la féminité ou du handicap, et de tout ce qui n’est pas le mâle blanc diplômé d’origine française, âgé de quarante ans, (la seule catégorie massivement intégrée, et munie d’un contrat de travail à durée indéterminée, dixit l’INSEE). C’est la question qui permet d’interroger le rapport entre « production de la société et reproduction de la société ».

Les jeunes permettent de voir, comme les vieux, comme les immigrés, comme les femmes et comme les personnes invalides, en quoi un système est non-reproductible, à développement non-durable des rapports sociaux, non-intégrateur, et donc désintégrateur de ses principales sources de légitimité et d’efficacité. Le problème n’est pas de traiter les jeunes en tant que problème séparé, marginal, du dysfonctionnement temporaire de la société, mais de se saisir des jeunes comme révélateur du problème global de la société. On vous apprend des savoirs, on vous transmet connaissance et culture. Mais ensuite, quand vous n’êtes plus jeunes, connaissance et culture sont détruites dans le processus de déqualification à l’embauche, par la massification du chômage...

Les animateurs de jeunesse sont payés pour retarder le plus longtemps possible le moment où les jeunes vont s’intéresser aux problèmes des adultes et faire de la politique. Détourner les jeunes de la politique, c’est à cela que sert l’animation « basket and rap » !

L’union européenne s’est fixée un objectif à Lisbonne : « être l’économie de la connaissance la plus compétitive ». Avez-vous besoin d’une traduction? Il s’agit de gagner la compétition capitaliste mondiale contre les États-Unis et contre la Chine. Pour cela, il faut dans dix ans des travailleurs les plus pointus, les plus formés possibles, et laisser tous ceux qui ne suivent pas et qui retardent sur le bas côté pour la voiture balai du social. L’idéologie que les jeunes doivent intégrer comme une drogue est celle de la compétition, du dépassement de soi, de l’esprit d’entreprise, de l’individualisme, du projet.
« Oui mais les jeunes demandent eux-mêmes du rap et du sport ! » Dans les réserves d’indiens, les indiens demandent à être dans des réserves d’indiens. Parce qu’on ne leur a laissé pour seul horizon, que des réserves d’indiens ! Disons leurs : vous êtes ici dans une zone réservée. En dehors, il y a des zones non-réservées, ce sont toutes les terres qu’ils vous ont prises. Tout ce qui fait qu’ils partagent le sort des vieux, des moins qualifiés, des femmes et des étrangers...

C’est tout le contraire que de leur proposer de « s’insérer » avec du basket-ball ! Construire le problème de l’intégration critique, avec une bande de jeunes, c’est leur proposer d’étudier le marché de l’emploi local : «Qui est en dehors du marché de l’emploi ? Une proportion anormale de filles, d’autant plus qu’elles ont plus de diplômes que les garçons. Tiens ! Ce n’est donc pas un problème de jeunes, mais un problème hommes / femmes. Oui, mais ils sont étrangers. Tiens, c’est un problème de ségrégation ? ».
Si l’État veut, à ce point, qu’on occupe des jeunes, c’est parce que la puissance publique (en particulier communale), persiste à pratiquer une culture politique d’exclusion et de réduction des conflits. Surimposer la paix sociale dans des conditions où elle n’est pas plausible, suppose de démultiplier les efforts de dispersion de toute coalition possible. Faire croire que les jeunes ont des problèmes spécifiques qui ne sont pas ceux des adultes !


Traduction :
« Il faut mieux prendre en compte la culture jeune dans les quartiers. »

« Il est essentiel que les personnes libérées du système scolaire et sans aucune perspectives d’emploi occupent leur temps oisif dans des activités qui ne les fait pas réfléchir au fonctionnement de la société ».

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Désintoxication du langage
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